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Histoire Par Abdelkrim BADJADJA Constantine... aux origines de l'algérie

Constantine... aux origines de l'algérie

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Explorer l’histoire de Constantine, Cirta à l’origine, revient à parler des origines de l’Algérie…En effet, Constantine symbolise la permanence de l’Algérie depuis l’antiquité. C’est l’une des plus vieilles villes du monde. Toutefois, la date exacte de sa fondation n’a pas été établie à ce jour. L’impossibilité d’effectuer des fouilles archéologiques au coeur de la vieille ville, site occupé en permanence depuis 25 siècles au moins, en vue d’exhumer la plus ancienne couche urbaine, explique cette carence dans la datation.

Le nom de « Sarim Batim » avait été évoqué comme hypothèse de premier nom de Cirta-Constantine, hypothèse abandonnée par ceux-là mêmes qui l’avaient formulée et défendue :

- Le premier à l’avoir avancée fut M. Berger lors du onzième congrès des Orientalistes tenu à Paris en 1897 ; « il s’était demandé si l’expression Sarim Batim, que l’on trouve sur quelques inscriptions néo-puniques de Constantine, n’est pas un nom de lieu désignant Cirta : la chose est fort incertaine », source : Stéphane Gsell, Atlas Archéologique de l’Algérie, Tome I – Texte, 2ème édition, Alger, 1997, feuille 17-Constantine, notice 126, page 9.

- Le deuxième à commencer par appuyer cette hypothèse, avant de l’abandonner, fut André Berthier, mon ancien professeur à l’Université de Constantine (1970-1971), auquel j’avais succédé aux Archives de la Wilaya de Constantine (Juillet 1974) ; « il fut un temps où il (André Berthier) proposait la dénomination de Sarim Batim, mais aujourd’hui il estime que cette ville n’est reliée à aucune opération (militaire), ce qui nous aurait privé d’avoir des renseignements sur elle (Cirta) et de savoir son nom », source : Gabriel Camps, Compte rendu bibliographique, Revue de l’Occident Musulman et de la Méditerranée, 33/1982-1, pages 137-140.

Aucune preuve tangible donc pour étayer cette hypothèse : ni fait ou écrit historique de l’Antiquité, ni découverte archéologique.

Ajoutons à ces informations, que Berthier était l’homme des grandes polémiques : « Cirta » n’est pas Constantine, mais elle est située au Kef en Tunisie (les Numides n’étant plus nos ancêtres, qui sommes nous ?) ; à Timgad « l’arc de Trajan » ne doit pas être rattachée à Trajan, il n’a rien à voir avec lui (je suis témoin de cette déclaration lors d’une visite à Timgad que nous avions organisée avec lui en tant qu’étudiants) ; de retour en France, il avait affirmé qu’Alésia n’était pas située là où on le croyait !

Cela a amené les chercheurs à se référer aux historiens de l’antiquité, notamment Tite-Live et Salluste, pour dater l’existence de cette ville.

CIRTA, premier nom de la cité donc, est mentionnée pour la première fois dans l’Histoire à l’occasion de la seconde guerre punique, soit vers la fin du 3e siècle av.JC. Elle avait la réputation d’être une place inaccessible, en même temps qu’une ville opulente, riche de par son rôle commercial ; et elle fut déjà le théâtre d’une lutte sans merci pour le pouvoir. Ce qui nous autorise à avancer que la course pour le pouvoir en Algérie ne date pas de la crise de l’été 1962, mais remonte à l’antiquité déjà. Sinon comment expliquer que les deux princes berbères de l’époque, Syphax roi des Masaesyles à l’ouest de l’Algérie, et Massinissa roi des Massyles à l’est, aient commencé par contracter alliance avec Rome pour le premier, et avec Carthage pour le second, avant de se rétracter en échangeant leurs alliances avec les deux puissances impérialistes qui régnaient sans partage sur le bassin méditerranéen ?

Lors de la bataille décisive de Zama en l’an 202 av. JC, Massinissa se trouvait aux cotés des Romains commandés par Scipion (qui sera surnommé « l’Africain »), tandis que le vieux Syphax, qui s’était marié avec Sophonisbe ex-fiancée carthaginoise de Massinissa (rivalité de femmes aussi), avait mis son armée à la disposition des Carthaginois. Massinissa vainqueur grâce à son alliance avec les Romains, je dirais plus exactement l’inverse, se précipita sur Cirta où se trouvait la belle Sophonisbe. Il prit conquête et de la ville et de la princesse, mais celle-ci préféra avaler un poison plutôt que de tomber aux mains des Romains.

Réunifiant les deux royaumes berbères, Massinissa fonda un nouvel état : La Numidie, avec Cirta pour capitale (202-146 av. JC), et pour frontière à l’ouest le fleuve Molochath (l’Oued Moulouya), et à l’est la rivière Muthul (l’Oued Mellègue), soit à peu près les frontières de l’Algérie d’aujourd’hui. Nous avions bien évoqué «la permanence de l’Algérie depuis l’antiquité », non ! Mais on ne fait pas alliance avec un empire (romain en l’occurrence) sans prendre un risque historique. En effet, la destruction définitive de Carthage par les Romains lors de la troisième guerre punique en l’an 146 av. JC, avec l’appui massif et efficace des cavaliers numides, sonnera le glas de l’indépendance de la Numidie, le temps et les rivalités locales jouant en faveur des Romains. Jugurtha, petit-fils de Massinissa, tenta bien une guerre de sept ans (112-105 av. JC) pour tenter de consolider l’indépendance de la Numidie face aux appétits romains. En vain, peu à peu la Numidie se transforme en province romaine, en dépit des résistances de Juba I (49-46 av. J.C.), et de Tacfarinas (17-24 av. J.C.). Cirta devient alors la capitale de la Confédération des quatre colonies, et la Numidie province romaine pour plusieurs siècles sous un nom premier de « Africa Nova ».

Tout au long de l’histoire, Cirta garda son importance et son influence, à tout le moins régionale au niveau de l’est de l’Algérie. Son extension urbaine a évolué avec les vicissitudes de l’Histoire : parfois circonscrite essentiellement sur le “ Rocher”, qui est le véritable coeur et foyer de la ville ; et d’autrefois s’étendant en faubourgs extérieurs. Sa population a varié en conséquence de 25.000 à 100.000 habitants, selon l’espace géographique occupé.

En l’an 311, Cirta se trouvant impliquée dans les guerres civiles romaines, a été détruite en grande partie par Maxence. Constantin, sorti vainqueur de ces guerres, la fit reconstruire en l’an 313. Cirta prit alors le nom de C0NSTANTINE, qu’elle porte maintenant depuis 17 siècles.

Photo inédite de deux citernes romaines parmi les six exhumées puis ré-enterrées, en avril 1986 lors des travaux du passage souterrain de Bab el Oued, face à la grande poste (voir album photo)

Que dire de Constantine durant le passage des Vandales (432-533), si ce n’est que ces derniers avaient largement légitimé leur nom passé à la postérité comme synonyme de déprédations et de saccages : « Nous sommes ici tout à fait au centre de la Numidie, dont Cyrta (Constantine) était la capitale; …nous avons découvert dernièrement les ruines d'un magnifique temple chrétien, détruit par les Vandales». (Lettres de l'Abbé Suchet, extrait de la lettre du 22 avril 1839)

Et comment présenter la conquête de l’Afrique du Nord par les Byzantins (533-674) ? Sous les Byzantins, Cirta reste certes la capitale de la Numidie, et abrite la résidence du gouverneur de la province. Mais les soulèvements continuels des tribus berbères confinent l’occupation byzantine aux principales villes. Aux menaces proférées par l’ennemi pour les soumettre, les Berbères répondent avec orgueil :

" L'exemple des Vandales ne nous effraie pas; vous ne les avez vaincus que parce que nous les avions déjà affaiblis par plusieurs défaites. Quant aux menaces que vous nous faites de mettre à mort nos otages, c’est aux Romains qu’il importe de ménager leurs enfants." (Rapporté par Procope, historien byzantin)

En fait, ni les Romains, ni les Vandales, ni les Byzantins, ne réussirent à dominer complètement les populations berbères, les « Amazigh », et les occupations étrangères se limitèrent aux principales villes, le monde rural continuant à vivre en toute indépendance.

Il en fut autrement avec l’arrivée des Arabes, porteurs d’une nouvelle religion, l’Islam, adoptée rapidement par les Amazigh, tout en combattant dans un premier temps les armées arabes, au même titre que les précédents envahisseurs, sous la conduite de chefs berbères Koceïla d’abord, puis de la Kahina. Constantine fait son entrée dans l’histoire musulmane à l’époque d’ Abou El Mouhajer Dinar (675-682), compagnon de Okba Ibn Nafaâ, premier commandant arabe à surgir en Afrique du Nord. Devenue musulmane, Constantine tente de garder quelque autonomie par rapport aux nouveaux arrivants. Puis, elle finit par intégrer différents royaumes berbères, Fatimides, Hammadites, Mérinides, avant de passer sous l’influence de Tunis avec les Hafsides vers le milieu du XIII ème siècle.

A quelle date, les Turcs firent-ils leur entrée à Constantine ? Beaucoup de confusions et d’imprécisions à ce sujet, mais l’installation des Ottomans se heurta à de vives résistances. Au début du XVIe siècle, Sidi Abdelkrim Lefgoun se trouvait à la tête des partisans (notables et bourgeois surtout) de l’entrée des Turcs à Constantine. Quant au parti hostile aux Turcs, composé essentiellement des couches populaires habitant la partie basse (et défavorisée) de la ville, il était dirigé par Cheikh Sidi Abdelmoumen, Emir Er Rekb, dont la famille avait le privilège de conduire le pèlerinage à la Mecque une fois tous les quatre ans. Abdelmoumen fût tué puis écorché par les Turcs, et la famille Lefgoun se vit octroyer, en récompense, le titre de « Cheikh El Islam ».

Sous la mouvance ottomane, Constantine s’impose pendant trois siècles comme capitale du Beylik de l’Est qui couvre un grand territoire, le plus vaste de la nouvelle Régence d’Alger, de la frontière avec Tunis jusqu’à la vallée de la Soummam. Un grand nombre de Beys se succèdent à Constantine, mais peu ont laissé des traces durables de leur passage. Nous en citerons deux : Salah Bey qui régna le plus longtemps, de 1770 à 1792, à qui on doit de grands travaux d’urbanisme, dont la restauration du pont d’El Kantara datant de l’époque romaine ; et Hadj Ahmed Bey, de 1826 à 1848, qui laissa son nom dans l’Histoire pour avoir lutté sans répit contre les armées françaises, du débarquement de Sidi Fredj en 1830, aux montagnes de l’Aurès en 1848.

Après son éclatante irruption dans l’Histoire durant l’Antiquité, Cirta-Constantine revient au premier plan lors de la célèbre bataille de Constantine 1836-1837. En 1836, l’armée française, commandée par le Maréchal Clauzel en personne, Gouverneur Général de l’Algérie, secondé par l’un des fils du Roi de France, le Duc de Nemours, entreprend une expédition contre Constantine, comme cela avait déjà été programmé dix ans auparavant par le ministre de la guerre de l’époque : le Marquis de Clermont Tonnerre (Archives militaires de Vincennes, H1-Dossier 4, papiers antérieurs à 1830). Mais le Marquis n’avait pas envisagé la défaite cuisante qu’allait infliger Hadj Ahmed Bey à l’armée coloniale lors de cette première tentative ! La stratégie constantinoise d’encerclement de l’ennemi, entre l’attaque en rase campagne et la défense de la ville, s’avéra payante et l’armée française, contrairement à ses espérances de se voir ouvrir les portes de la ville, dût livrer bataille et essuyer une lourde défaite.

Changeant de stratégie et de politique, le gouvernement français ne pouvant combattre à la fois l’Emir Abdelkader à l’Ouest, et Hadj Ahmed Bey à l’Est, signa avec le premier le Traité de la Tafna (30 mai 1837), afin d’avoir les coudées franches pour prendre sa revanche sur le second. Et voilà que se répète la même erreur commise dans l’antiquité : s’affronter au lieu de s’unir contre l’ennemi commun. L’Emir Abdelkader déclara dans une lettre au gouverneur général qu’il « voulait acheter des armes aux Français pour combattre Ahmed Bey qui le menaçait dans ses territoires ». Pour ne pas être en reste, Hadj Ahmed Bey écrivit à Ben Aïssa qu’il préférerait « s’allier avec les Français pour combattre Abdelkader, que de faire alliance avec l’Emir pour affronter les Français » !

Fort de son premier succès en 1836, Hadj Ahmed Bey adopta la même stratégie pour affronter l’ennemi dans sa nouvelle tentative en octobre 1837. Par contre, le général Damrémont, nouveau gouverneur général de l’Algérie, tirant les leçons de la précédente bataille, mit au point un nouveau plan pour assiéger Constantine. Cette nouvelle stratégie, et les erreurs et contradictions du commandement constantinois, permirent aux troupes françaises d’entrer en ville le 13 Octobre 1837. La bataille classique qui avait opposé jusque-là deux armées prit fin, et une nouvelle page de l’histoire de l’Algérie s’ouvrait avec la résistance populaire : hommes, femmes et enfants, prirent le relais pour défendre leur indépendance, combattant à mains nues, et choisissant de mourir dans les précipices plutôt que de se rendre.

Finalement, l’Emir Abdelkader et Hadj Ahmed finiront par se rendre tous les deux, le premier en 1847, et le deuxième en 1848, et l’Algérie livrée à la colonisation pour 132 ans !

Après avoir succombé à l’agression coloniale, Constantine dû subir les premières « agressions » urbaines : de nombreux jardins aéraient l'intérieur de la ville, jardins qui furent saccagés, durant l’hiver 1837-1838, par les soldats français à la recherche de bois de chauffage. Plus tard, ils démoliront même les restes d’une vieille église, seul vestige du Christianisme à Constantine. En effet l'abbé Suchet, premier curé de Constantine arrivé en 1839, avait écrit au roi de France afin de solliciter son appui en empêchant la destruction de l’église « que les Constantinois avaient épargné tout au long des siècles ». En vain, et cet antique témoignage de l’histoire de la Chrétienté à Constantine subira le même sort que beaucoup d’autres édifices, dont des mosquées.

Constantine dût aussi résister aux « agressions » de la modernité, auxquelles elle tenta de résister par la préservation de quelques traditions ancestrales : la religion, la langue, la musique andalouse, la gastronomie constantinoise, et le gandoura en velours brodée d’or que les Constantinoises portent toujours lors des fêtes de mariages …Ce ne fut pas tout : l’héritage culturel arabo-musulman fut mis en valeur par de nombreuses « associations musulmanes »- surnommées ainsi par l’administration coloniale- qui étaient très actives durant les années 1930. Durant cette même époque, Abdelhamid Ben Badis (1889-1940), illustre constantinois imprégné d’une foi profonde, et d’un désir ardent de sauvegarder les valeurs arabo-musulmanes, se dressa face aux tentatives d’acculturation dont étaient victimes les algériens musulmans, et entreprit un mouvement réformiste et d’émancipation visant à débarrasser la pratique de l’Islam de toutes les scories qui l’avaient dénaturées au cours des siècles, et à redonner vie à l’enseignement de la langue arabe avec des méthodes modernes.

Le 5 août 1934, Constantine vit un affrontement communautaire entre Musulmans et Juifs, à la suite du comportement irrévérencieux d’un soldat juif ivre devant la mosquée Sidi Lakhdar (construite en 1743). Face aux atermoiements coupables de l’administration coloniale, deux notables constantinois se dressent pour calmer les esprits : Cheikh Abdelhamid Benbadis, président de l’Association des Oulamas Musulmans Algériens, et Dr Bendjelloul, président de la Fédération des Elus Musulmans.

Premier novembre 1954, vint le déclenchement de la lutte armée qui vit Constantine restée figée, inactive suite non à des divergences politiques, mais à une querelle de leadership, encore une ! Le huit novembre 1954, sauvant l’honneur de la ville, huit militants nationalistes prennent l’initiative de monter au maquis sans en référer à leurs chefs, encore empêtrés dans les faux problèmes. Mais les premiers attentats FLN eurent lieu à Constantine le 30 Avril 1955: bombe au Casino municipal - attentat contre Laouer, inspecteur des renseignements généraux…

Le dimanche 11 décembre 1960, à l’instar de toutes les villes d’Algérie, Constantine se soulève pour l’Indépendance de l’Algérie, un premier cortège se formant au bas de la rue nationale dès onze heures du matin (j’avais rejoint le cortège à 11:45).

L’Indépendance proclamée, Constantine manifeste de nouveau pour crier « Sebââ Sinin Barakat ! », signifiant « sept ans de guerre, ça suffit » pour appeler à la fin des hostilités armées entre les chefs de la Révolution entrés dans une guerre fratricide, pour l’éternelle course au « Koursi », c'est-à-dire le pouvoir, encore et toujours !

Novembre 1986, Constantine revient au premier plan de l’actualité en Algérie avec les manifestations de ses collégiens, auxquels se joignent les étudiants et enseignants de l’Université de Constantine, puis toute la jeunesse de la ville. Une répression aveugle frappe tout azimut, et c’est ainsi que l’auteur de ces lignes se retrouve arrêté par la sécurité militaire, puis assigné à résidence au Sahara pour plusieurs mois, alors qu’il n’avait rien à voir avec ces évènements, étant en mission à Alger à ce moment-là. Les évènements de Constantine de 1986 étaient précurseurs des manifestations massives d’octobre 1988 à Alger, qui obligèrent le régime à introduire le multipartisme en Algérie dès 1989.

Vestiges archéologiques témoignant de cette riche histoire…

L’ancienneté de la présence humaine sur le rocher de Constantine, site protégé naturellement par les gorges de l’oued Rummel qui l’entourent, et dans ses environs immédiats, est attestée par la découverte de nombreux vestiges remontant au début du quaternaire dans les grottes du Pigeon, de l’Ours, et du Mouflon : galets taillés, pointes, grattoirs, outils pédonculés, quartzites, céramiques, poteries, fragments d’aiguilles, ciseaux, hache polie, la plupart de ces objets étant exposés au Musée Cirta de Constantine.

Les traces les plus anciennes que l’on ait trouvées de la ville de Cirta remontent au 4è siècle a.v. JC, notamment des gourdes estampillées provenant de Mésopotamie, et des fragments de poteries. Mais c’est les 3è et 2è siècles av. JC qui auront laissé le plus de témoignages : tombes dans le roc, amphores rhodiennes estampillées, verreries multicolores, briques, fragments de vase, coffrets, mobiliers funéraires, des monnaies frappées à l’éphigie de Syphax, Massinissa, Jugurtha et Hiempsal, le mausolée de Massinissa appelé Somâa au Khroub, et surtout un millier de stèles puniques, dont quelques unes datées du règne de Massinissa, qui font de Cirta le second foyer punique après Carthage.

Les vestiges romains sont tellement nombreux qu’il serait difficile d’en faire étalage dans un modeste article : Arcades romaines qui alimentaient Constantine en eau potable acheminée depuis la source de Fesguia à 70 km, des citernes romaines à la Casbah et à Bab el Oued, des restes de ponts romains à Bab el Kantara dont celui d’Antonin, nécropole de Cirta, Tombeau de Praecilius sous l’Hôtel de Ville, vestiges du Capitole, Statuette de la Victoire, colonnes et chapiteaux réutilisés pour la construction de la Grande Mosquée, des monnaies, des lampes, une ville satellite Tiddis, antique Castellum Tidditanorum dépendant de Cirta, situé à 30 km au Nord-Ouest de Constantine, et des épigraphies latines disséminées un peu partout. Cela confirme du reste l’affirmation que l’Algérie est le deuxième foyer de vestiges romains après l’Italie.

Que reste-t-il aujourd'hui de la ville historique ?

Aujourd’hui, les documents les plus précis que nous possédons sur la ville historique, remontent au début de l’occupation française :

- Dossier 1 : Description de la ville de Constantine en 1832, faite par St Hypolite, officier français, d’après les récits des voyageurs et des renseignements recueillis, Mars 1832 ;

- Dossier 2 : Mise à jour de la « Description de la ville de Constantine », rédigée par le capitaine St Hypolite, 5 Février 1837 ;

- Dossier 3 : Mémoire sur l’état de Constantine rédigé par Niel, officier du Génie, après la chute de la ville le 13 Octobre 1837, et inventaire des premiers travaux entrepris en Novembre et Décembre 1837, avec plans et gravures d’époque, 5 Janvier 1838.

D’autres documents, publiés postérieurement, fournissent également de précieuses indications pour retracer l’historique de la vieille ville de Constantine durant la période coloniale :

- Dossier 4 : Notice sur « Constantine avant la conquête française », véritable reconstitution de la ville telle qu’elle existait en 1837, avec plan détaillé du tissu urbain, élaborée par Ernest Mercier et publiée dans le volume 64/1937 du Recueil des Notices et Mémoires de la Société Archéologique de Constantine ;

- Dossier 5 : Extraits de l’ouvrage d’Ernest Mercier sur « L’Histoire de Constantine », publié en 1905, ces extraits concernant la situation de la ville en 1837, et les principaux travaux d’urbanisme effectués de 1837 à 1870 ;

- Dossier 6 : « L’évolution urbaine de Constantine de 1837 à 1937 », par Chive et Berthier, texte accompagné de quatre photos du plan de la ville en 1837, en 1873, en 1919, et en 1937 ;

- Dossier 7 : « Guide et plan de Constantine en 1961», publié par André Berthier, Conservateur régional des archives de Constantine.

De l'étude de ces documents, il ressort que la ville en 1837 se limitait à l'occupation du "Rocher". Elle était ceinturée par des remparts qui allaient de l'actuelle agence de la Banque Centrale (Bd Zirout Youcef), à l'entrée du quartier actuel de "Souika" ; les gorges du Rhumel faisant fonction de protection naturelle pour le reste de la ville.

Quatre portes y donnaient accès : Bab El Jedid (Agence Banque Centrale) ; Bab El Oued (hauteur Grande Poste) ; Bab El Jabia (entrée Souika) ; et Bab El Kantara (entrée du pont du même nom).

Un faubourg existait qui s'entendait de Bab El Jedid au pied du Coudiat Aty (où il y avait un cimetière), soit tout au long du square actuel transformé en zone de loisirs. Ce faubourg, construit à l'époque de Salah Bey (177O-1792), comprenait des boutiques et des magasins, et faisait fonction de marché de gros à l'extérieur de la ville. Pour des raisons stratégiques, le faubourg a été entièrement rasé en 1837 sur ordre de Hadj Ahmed Bey. Un seul pont existait en 1837, celui de Bab El Kantara, qui avait été restauré par Salah Bey. Le pont, écroulé en 1857, fut reconstruit avec une surélévation. De nombreux jardins aéraient l'intérieur de la ville, jardins qui furent saccagés, durant l’hiver 1837-1838, par les soldats français à la recherche de bois de chauffage.

De 1838 à 1962, beaucoup de travaux ont été entrepris, ce qui a transformé une partie du paysage urbain. Tout naturellement, " le Rocher" ne pouvant abriter un accroissement notable de la population, des faubourgs furent construits à l’extérieur, le premier étant le faubourg " Saint Jean". Et c'est ainsi, que la ville a repris peu à peu le développement dont elle jouissait dans l'antiquité, au moment où elle comptait près de 100.000 habitants. Le détail des principaux travaux entrepris de 1838 à 1962 est contenu dans les dossiers 5, 6 et 7 évoqués ci-dessus.

Si l'on comparait le plan du tissu urbain du "Rocher" en 1984, avec celui de la ville en 1837, on constaterait que la partie haute de la ville (Casbah, Tabia) a subi de grandes transformations avec des voies nouvelles, et des rues alignées ou rectifiées, tandis que la partie basse a gardé le même tracé de rues (Souika), ou un tracé à peine modifié (Souk El Ghzel, R'Sif, Rahbat Souf, Sidi Jliss).

En fait, les travaux d'aménagement urbain n'ont pas touché certains quartiers, notamment "Souika". Cela s'explique par la promulgation d'une ordonnance le 9 Juin 1844 qui coupait la ville en deux quartiers: "Indigène" et " Européen". L'ordonnance interdisait aux européens de s'installer dans le quartier "Indigène". Si bien que les transactions foncières, ainsi que les confiscations de propriété, n'ont touché que le quartier "Européen" (la partie haute de la ville actuelle, Casbah, Tabia) , les musulmans étant peu à peu refoulés dans "Souika", "Rahbat-Es-Souf", "Sidi Jliss", "Souk El Ghzel", El Djezarine", "R'Sif » ...

La frontière entre les deux quartiers ayant été délimitée par la rue de France, les travaux d'urbanisme n'ont donc concerné que le quartier "Européen", avec toutefois une grande percée à travers "l'îlot musulman", coupant le quartier "Indigène" en deux : la rue nationale, actuellement rue Larbi Ben M'hidi, « Tarik el Jadida » pour les Constantinois.

En conclusion, nous pouvons dire que le "Rocher" abrite aujourd'hui deux types d'urbanisme et d'architecture : le type algérien, le type européen.

Toute tentative d'aménagement urbain doit obligatoirement s'efforcer de préserver le type algérien traditionnel, sous peine d'effacer trois millénaires de notre histoire. Les ruelles, les impasses, les passages voûtés, les placettes, les fontaines, les mosquées, les maisons avec cour intérieure, constituent autant d'éléments caractéristiques de notre personnalité, et de notre civilisation millénaire.

Promenade à travers les ruelles de la vieille ville…

Pour conclure, faisons une promenade à travers les ruelles de la vieille ville pour retrouver d’autres traces de l’histoire de Cirta-Constantine, en commençant notre circuit par l’entrée de Souika à proximité du pont de pierre de Sidi Rached (1912), soit à l'emplacement de l'ancienne porte "Bab el Djabia".

Délaissons le pont à notre droite, sous lequel gisent encore des morceaux de remparts des époques numide (pierre bosselée), romaine (pierre taillée), arabe (pierre de récupération), et ottomane (des restes de bordj), et entamons notre itinéraire par Bab el Djabia, quartier historique terni par les maisons closes qui y pullulent, puis Dar el Ousfane, où les femmes se rendent depuis des siècles pour exorciser leurs démons par des danses endiablées ;ensuite à notre droite Zenket Sidi Afane près de la mosquée antérieure au XVIe siècle qui a donné son nom au quartier; laissons à notre gauche la rue Esseida qui porte le nom de la mosquée "Seida Hafsa" antérieure elle aussi au XVIe siècle, à notre droite Zenket Laamamra, nom d'une ancienne tribu, avec de vieilles demeures: Dar Si Lakhdar Lemharsi, et Dar Daksi, un véritable bijou d'architecture arabo-musulmane; puis Zenket el Mesk (Musc) à gauche, de son vrai nom "Zenket el Khra"(rue de la m…); à droite Sabatt el Boucheibi, passage voûté qui conduit à Sidi B'Zar sous le pont de Sidi Rached, du nom de la Zaouïa où les femmes enterrent les bouts de chair après la circoncision des enfants; nous débouchons placette Sidi Abdelmoumen, avec la mosquée du même nom où avait été enterré, après avoir été écorché vif, Abdelmoumen, l'un des notables de la ville qui s'était opposé à l'entrée des Turcs à Constantine en 1572 ; puis à gauche Sidi Bouanaba, encore une vieille mosquée antérieure au XVIe siècle; à droite Ezzelaika (la rue glissante) qui est séparée de Dar Debbagh (maison des tanneurs) par une muraille pour une relative protection contre les mauvaises odeurs du traitement des cuirs; délaissons à notre droite le plus vieux moulin de Constantine, ainsi que la Zaouïa Ettidjani, et Ech Chatt, falaise où se trouve "El Marma" d'où l'on déversait les ordures ménagères sur l'oued Rummel en contrebas, pour continuer à gauche, à partir de Hammam Bencharif (bain maure), débouchant sur El Batha où se rencontrent trois édifices historiques, la grande mosquée de Constantine, qui fut construite en 1136 à l'époque des Hammadites, la résidence Bencheikh el Fegoun, Cheikh el Islam à l'époque des Beys, et Maâhad Benbadis, institut fondé en 1947 par l'Association des Ouléma Musulmans Algériens pour l'enseignement supérieur en langue arabe.

Traversons rapidement une portion de la rue Larbi Ben M'Hidi, ancienne rue nationale, percée par l'administration coloniale pour joindre la gare des chemins de fer, construite en contrebas à Bab el Kantara sur ordre de Napoléon III, résultat : la vieille ville fut coupée en deux en 1865, d'où le nom donné par les constantinois à cette percée "Tarik el Jadida", la nouvelle route; reprenons notre cheminement à travers ce qui reste comme vieille ville de l'autre coté, en délaissant à notre droite la nouvelle Médersa, construite en 1909 pour succéder à l'ancienne Médersa de Salah Bey (1775); traversons d'abord "R'Sif", un quartier dédié depuis des siècles au commerce et à l'artisanat, puis nous passons sous des voûtes en laissant à notre droite la vieille mosquée Sidi Mimoun, et nous débouchons place Rahbat Essouf. Continuons en direction d'un autre passage voûté "Maqâad el Hout"(ancienne poissonnerie), spécialisé aujourd'hui dans la vente des ingrédients pour la confection des pâtisseries traditionnelles, puis nous tombons en plein dans l'ancien quartier juif, "Charaâ", aménagé par Salah Bey en 1775-1780 , qui avait vu naître et grandir un certain Gaston Ghenassia, plus connu sous son nom d'artiste "Enrico Macias"; remontons vers Souk el Acer, le plus vieux marché de Constantine; et après un dernier regard sur la Mosquée Sidi el Kettani (1776), et la Médersa attenante où est enterré Salah Bey (Bey de Constantine de 1770 à 1792) avec sa famille, nous terminerons notre circuit devant la Casbah, citadelle militaire aménagée entre 1848 et 1866, mais qui remonte à l'époque numide (un pan de mur numide, des citernes romaines), avant d’atteindre l'autre extrémité du rocher, près du pont suspendu de Sidi M'Cid (1912) qui conduit vers l'hôpital (construit en 1866 pour servir d’abord comme Collège Arabo-Musulman).…

Attardons-nous un instant devant l'entrée du pont suspendu pour admirer un incroyable panorama qui domine les jardins du Hamma à quelques 200 mètres en contrebas, de quoi vous donner le vertige ! En relevant la tête pour reprendre notre souffle, nous découvrons sur les hauteurs de Sidi M’Cid le Monument aux Morts (1934) dédié aux soldats d’Algérie (Européens et Musulmans) tombés au champ d’honneur lors de la première guerre mondiale.

Tout au long de notre itinéraire, nous avons traversé des rues sinueuses (pour créer de l'ombre) et encombrées, des passages voûtés, nous avons vu des commerces en tous genres, souvent à même le sol, de vieilles maisons dont l'alignement remonte à l'antiquité au vu des grosses pierres qui leur servent de fondations, des mosquées bien entretenues, mais de cette vieille ville trois fois millénaire, se dégage une grande chaleur humaine.

Sur le chemin du retour, passons par le quartier du Tabia où se trouvent le Palais Ahmed Bey (1835), la Mosquée Souk el Ghezel (1730) transformée en Cathédrale durant la période coloniale, le siège de la Préfecture de Constantine (1886), l’Hôtel de ville (1903), avant de déboucher sur la place de Bab el Oued où avaient été construits le Théâtre (1883), la Grande Poste (1908), et le Palais de Justice (1921). Retournons à l’antiquité un bref instant pour jeter un regard, à l’intérieur du marché Boumezou, sur les restes d’un monument romain daté du 4è siècle après JC, exhumés lors des travaux d’aménagement de la place Bab el Oued, devenue place de la Brèche (1935).

Le Rocher de Cirta-Constantine aujourd’hui,

Un site occupé en permanence depuis plus de 2500 ans (voir album photo)

BIBLIOGRAPHIE

1- Abdelkrim Badjadja ; « Confessions d’un Archiviste Algérien, Livre 1 : Assigné à résidence ; Livre 2 : Etudes archivistiques et historiques sur Constantine » ; livres à paraître aux Editions de la Société des Ecrivains, Paris, 2008.

2- Mercier (Ernest) : “Histoire de Constantine” ; Constantine, J, Marie et F. Biron, 1903, 730 p., carte h.t. planches h.t. figures.

3- Cheikh Moubarek : « Kitab Tarikh Kassentina »; in R.S.A.C., Constantine, 1913.

4- Salah El Antri : “Constantine sous les Turcs” ; in R.S.A.C., Constantine, 1928.

5- André Berthier et autres : “Constantine, son passé, son centenaire (1837-1937)” ; in R.S.A.C., vol. 64, Constantine, Ed. Braham, 1938 (?), 492 p. figures, planches h. t.

6- Rachid Bourouiba ; « Constantine », beau livre édité par le Ministère de la Culture, Alger, 1976.

Par: Abdelkrim BADJADJA

 

Commentaires  

 
0 #1 AMAROUCHE 12-08-2010 18:34
Bonjour frére concitoyen Abdelkrim !

L'adage dit : " qui ne sait pas d'où il vient, ne saura ni où il est maintenant et ni où il va après..."

Merci pour cette page !

Entendez-vous le nom BENHALLA caïd du douar El-Maïn, commune mixte des Bibans, canton judiciaire de Mansourahe, arrondissement de Sétif et ancien département de Constantine ?

Si oui, pouvez-vous retrouver quelques photos de scènes de vie d'autrefois ?
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